La réponse des administrateurs de l’Abordage au maire d’Evreux

    Les 23 et 24 juin dernier s’est tenu à Evreux un nouvel événement baptisé Rock in Evreux, porté par l’association Normandy Rock, en lieu et place du festival le Rock dans tous ses états, organisé par l’association l’Abordage, dont la 33e édition s’était tenue en juin 2016. A cette occasion, le maire d’Evreux s’est exprimé dans la presse locale et régionale. Mêlant inexactitudes, approximations voire mensonges et mépris, ces propos nous font aujourd’hui réagir.

    Guy Lefrand déclarait notamment à la presse : « Ce rock avait été phagocyté par un petit groupe. Les anciens gérants me demandaient 1 million d’euros pour l’organisation. Nous l’avons fait pour 300 000 € ! ».

    Et « le rock » n’a jamais été « phagocyté par un petit groupe ». Rappelons à la mémoire défaillante de Monsieur Lefrand que l’Abordage était propriétaire du Rock dans tous ses états, marque déposée, dont elle avait hérité de la MJC Bel-Ebat lors de la création de l’association. On ne phagocyte pas ce dont on est propriétaire. Le Rock dans tous ses états n’est pas tombé du ciel : il a été le fruit du labeur et de la passion de bénévoles et de professionnels au fil des décennies. Tous sont salis par les propos du maire.

    Les chiffres du maire sont tout simplement fantaisistes : jamais l’Abordage n’a demandé 1 million d’euros à la ville d’Evreux ! La ville, tout comme les autres partenaires, connaissait les fragilités de l’association depuis l’édition 2008 du RDTSE, que le montage du Tangram et le bilan de l’édition 2016 sont venus aggraver. En décembre dernier, lors de sa dernière assemblée générale (ouverte à tous, comme chaque année…), l’Abordage appelait la ville à l’aide car, à cette époque de l’année, elle seule était en mesure de voter une aide exceptionnelle. Mais les autres partenaires (agglomération, département, région) devaient également être mis à contribution. La contribution espérée de la ville était de l’ordre de 150 000 €, complétée par celle des autres partenaires. Au total, on parle de 400 000 €…loin du million annoncé par Monsieur Lefrand, qui confond une aide exceptionnelle et une subvention de fonctionnement habituelle : le procédé est confondant !

    Dans une autre déclaration, Guy Lefrand explique que « l’association a quand même perdu ses acteurs principaux. Elle était fortement fragilisée ». Notre maire oublie simplement de préciser que c’est la création du Tangram qui a été à l’origine du transfert des salariés de l’Abordage vers la structure nouvellement créée… par la Ville. Mis devant le fait accompli, l’Abordage a donc vu partir ses salariés, et avec eux leurs compétences et leur savoir-faire. L’association a donc bien été fragilisée : par la Ville et ses décisions de transferts. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si certains salariés ont préféré quitter Evreux à ce moment-là. Le travail de sape de la municipalité a fini par emporter l’Abordage.

    Mais cela ne semble pas suffire à Monsieur Lefrand : sans l’ombre d’un scrupule, il déclarait (La Dépêche du 30 juin 2017) « les partenaires ont préféré traiter avec nous qu’avec des sectaires, des intolérants » ou encore « les cyniques, les aigris, les frustrés, les pisse-froid, ceux qui veulent faire payer le contribuable pour rester entre soi, c’est vrai, sont un peu tristes ce soir ». Il ne lui a pas suffi de faire disparaître l’Abordage, il lui fallait aussi marcher sur son cadavre…

    En quoi le RDTSE aurait-il été un festival produit par des « sectaires » ? Parce qu’il défendait une ligne artistique reconnue nationalement ? Parce qu’il refusait de devenir un « petit Beauregard » comme Rock in Evreux, ainsi que l’a qualifié son programmateur Paul Langeois ? Parce qu’une association réellement indépendante, dont l’objet avait une forte connotation sociale, osait intervenir sur les orientations culturelles de la ville comme lors des inquiétudes sur la survie de la Scène nationale ou de la mise à mort du Mega-Pobec ? En quoi le RDTSE était-il marqué par l’intolérance ? Et qui sont ceux qui « veulent faire payer le contribuable pour rester entre soi » quand on sait que les subventions publiques pour Rock in Evreux sont supérieures à celles que recevait le RDTSE par le passé ? C’est un peu vite oublier que la plupart des adhérents et des bénévoles de l’Abordage étaient et sont encore des habitants d’Evreux et des alentours. L’existence de ce festival et des activités portées à l’année par cette association étaient une source de fierté pour cette ville et au-delà, avec un certain état d’esprit, joyeux et irrévérencieux, que l’actuelle municipalité d’Evreux a préféré réduire à néant au profit d’un événement sans originalité.  Et ne parlons même pas du ratio entre les subventions versées et le nombre de billets réellement vendus pour Rock in Evreux.

    Il est indéniable qu’aujourd’hui le formatage culturel par la mairie est devenu la norme à Evreux. L’événementiel aura chassé le collectif. Chacun aura compris que pour ce faire il fallait détruire les institutions culturelles préexistantes pour créer des structures fantoches. Après le Mega-Pobec, l’Abordage était l’association à abattre. Mais il ne suffisait pas de mettre un point final à plusieurs décennies d’histoire culturelle de cette ville, encore fallait-il le faire sans vergogne, avec morgue et mauvaise foi. Merci Monsieur Lefrand.

    Les anciens administrateurs de l’ABORDAGE.