Fausse note pour le Rock in Evreux

L’association Normandie Rock, organisatrice du festival de musique ébroïcien nouvelle mouture, est attaquée aux Prud’hommes par un ancien salarié, régisseur en charge de la gestion des bénévoles lors de l’édition 2017. Il réclame le paiement de nombreuses heures supplémentaires.

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Les scènes se suivent et ne se ressemblent pas pour l’association Normandie Rock, la structure mise sur pied début 2017 à la demande de la municipalité ébroïcienne. Pour rappel, le maire LR Guy Lefrand avait décidé de tirer un trait sur la précédente mouture, le Rock dans tous ses états, et de concocter au pied levé, en quelques mois à peine, le festival Rock in Evreux, dont la ville est le principal bailleur de fonds.

A la scène, métallique et festive, ayant notamment accueilli Prodigy en juin dernier et qui se prépare à recevoir Martin Solveig d’ici deux mois, va en effet se succéder celle, moins chaleureuse, du conseil des Prud’hommes de la capitale euroise. A l’origine de la démarche, un des anciens salariés de l’association Normandie Rock, Pierre Chauvin, 30 ans, régisseur en charge des bénévoles, qui attaque pour le non-paiement d’une palanquée d’heures supplémentaires. Apres l’échec – mardi 17 avril – d’une première tentative de conciliation, comme la procédure prud’homale le propose, l’audience – publique – est programmée le 4 septembre prochain.

Parvenu à nos oreilles, le dossier, inévitablement, a piqué notre curiosité, au vu de la belle polémique qui avait animé la ville au moment de la reprise en main du festival par la mairie, entre pro et anti. Sachant que cette même mairie avait avancé des raisons budgétaires pour enterrer le Rock dans tous ses états, les questions de sous et du coût du nouveau festival allaient forcément concentrer l’attention.

« J’ai fait le travail de deux personnes »

L’Ebroïcien Pierre Chauvin, contacté afin d’en savoir davantage, dit ne pas se placer sur ce terrain. Et de préciser qu’il avait travaillé « en tant que bénévole » sur le Rock dans tous ses états pendant huit ans, avant d’accepter de rempiler pour la première édition du Rock in Evreux, en 2017, avec la nouvelle équipe de Normandie Rock, cette fois comme salarié.

S’il a décidé de porter l’affaire en justice, après avoir constitué un « dossier complet », c’est qu’il estime « s’être bien fait avoir ». « J’ai été naïf », admet-il aujourd’hui, se remémorant les conditions de son embauche – « calée en dix minutes », assure-t-il –  et les termes de son contrat de travail : « On m’a proposé une somme de 1300 euros pour douze jours (avant et après le festival), soit 56 heures plus 7 heures supplémentaires. Au départ, je me suis dit que c’était très bien. Mais j’ai rapidement déchanté. »

C’est-à-dire ? Au total, le trentenaire assure avoir en fait « effectué 158 heures de travail sur ces douze jours », décrivant des journées « très balaises », certaines avec une amplitude horaire de « 16 heures où je faisais 8 h du matin à minuit ». « Tu dois être disponible tout le temps, tu cours en permanence. C’est simple, j’ai fait le travail de deux personnes », pose Pierre Chauvin, ajoutant que « les bénévoles, dont les conditions d’accueil étaient vraiment a minima, ont été également pressés comme des citrons et ont dû souvent aider les intermittents ». En creux, le trentenaire dresse le tableau d’une organisation bancale, pointant la rapidité dans laquelle cette première édition du nouveau festival a dû être mise sur pied.

« Sa démarche n’est pas fondée »

Sollicitée, l’association Normandie Rock, par la voix du désormais directeur du festival, Vincent Ficot, qui était président de l’association l’an dernier avant que Normandie Rock ne s’associe avec la société JLCD Events (ex-Green Horse festival à Mauquenchy) pour l’édition 2018, nous assure d’abord « vouloir réserver ses commentaires pour le tribunal ». Avant de se faire un peu plus loquace. « Sa démarche n’est pas fondée, il en veut au festival, à la nouvelle organisation, avance celui qui est également gérant de la société Hyperburo, à Evreux. Il cherche à démontrer qu’il a travaillé de 6 h à 2 h du matin, mais il n’y arrivera pas. On ne lui a pas demandé de faire des heures supplémentaires, de se tuer à la tâche. » Au-delà, Vincent Ficot estime que ce différend s’inscrit dans le cadre plus large d’une entreprise de « démolition du festival orchestrée par certains médias ». Et quid de la rapidité dans laquelle le festival a été monté ? « Nous avons embauché 50 personnes et on a un cas aux Prud’hommes », répond Vincent Ficot.

Lors de la tentative de résolution à l’amiable, mardi 17 avril, Pierre Chauvin assure qu’une proposition lui a été formulée : « 1500 euros pour les heures supplémentaires et une clause de confidentialité ». Réclamant davantage, notamment des dommages et intérêts, et souhaitant qu’un jugement soit rendu, il a refusé. Interrogé sur ce point, Vincent Ficot ne dit ni oui ni non, et livre une réponse laissant la porte ouverte aux interprétations : « Je ne valide pas. »

Aux juges des Prud’hommes, désormais, de démêler le schmilblick. En application de l’article L 3171-4 du Code du travail, « en cas de litige relatif à l’existence ou au nombre d’heures de travail accomplies, l’employeur fournit au juge les éléments de nature à justifier les horaires effectivement réalisés par le salarié. Au vu de ces éléments et de ceux fournis par le salarié à l’appui de sa demande, le juge forme sa conviction après avoir ordonné, en cas de besoin, toutes les mesures d’instruction qu’il estime utiles ».