La personnalité du culte

Henri de Saint-Ansbert est le nom de plume emprunté par Jean-Luc Chavanieux, président de la radio associative Radio HDR, avec qui Filfax est partenaire, pour signer ses billets bimensuels. Deux fois par mois, les « Chroniques d’un monde patraque » mettront le doigt là où ça fait mal, là où ça coince, là où le caillou se glisse dans la chaussure, l’épine dans le pied, le bâton dans la roue... Les médias, les politiques, les personnalités médiatiques et même les êtres humains d’ici et d’ailleurs seront épinglés, houspillés, brocardés, secoués mais aussi récompensés pour leur infinie contribution à la bêtise que l’on perçoit bien portante et en pleine expansion par les temps qui courent. Des chroniques qui ne se prendront pas au sérieux mais qui ne feront pas de cadeaux non plus…

L’actualité ne s’arrête jamais. Elle ne nous laisse aucun répit. Ses acteurs non plus. Diantre, mais ma brave dame, c’est qu’il faut exister, montrer sa trombine dans le poste, à la une des journaux papier, sur le web. Il vaut mieux faire parler de soi en mal que pas du tout et tout faire tourner autour de son nombril…

Le culte de la personnalité que l’on croyait disparu à gauche fait un retour en force depuis Staline et Mitterrand (oui oui, je sais…). Le député insoumis en chef, Jean-Luc Mélenchon, nous a montré depuis déjà un certain temps que, malgré son altruisme affiché et son souci du « peuple », il n’est pas contre un retour du culte de la personnalité surtout si c’est de la sienne. Sans se lancer dans une analyse politique de ses idées, on ne s’étonnera pas de voir que le Grand-Leader de la Canebière aime se faire mousser. On m’objectera qu’il n’est pas le seul. Certes, ces Chroniques d’un Monde Patraque ont pris – et continueront à prendre – d’autres politiques pour cibles, mais le cas Mélenchon est intéressant. Celui qui espérait conquérir les foules (?) d’obédience communiste lors de l’avant-dernière élection présidentielle en organisant tous ses meetings parisiens Place Stalingrad continue dans une voie empruntée plutôt par Kim Jong Un Deux ou Trois ou de Iosif Vissarionovich Dzhugashvili (alias Staline) qu’en empruntant du côté de Rosa Luxemburg, d’Henri Krazucki ou du Che (dont le culte, comme Jésus, a commencé après sa mort). Le Conducator-du-Palais-Bourbon a donc lâché devant un parterre de personnes conquises d’avance que notre pays « avait la chance de nous avoir ». S’il est difficile à travers ce court extrait rapporté par « Le Monde » de savoir si M. Mélenchon utilise le pluriel de majesté ou un « nous » collectif englobant ses camarades-subordonnés de la France dite Insoumise (mais pas insoumise au Grand Leader), on apprend dans la foulée qu’il y a une vraie raison car, a-t-il ajouté,  « Nous sommes quelque chose de précieux ». Nous voilà donc rassurés.

Par contre, pour le Tribun Hors Pair ce qui ne va pas c’est la « gauche selfie ». Autrement dit, les Laurent, Hamon ou Besancenot qui ont attiré sur eux la lumière à l’occasion de « leurs voyages en train fortement médiatisés » nous précise Le Monde. Au moins, les voyages de ces trois-là sont médiatisés en live, ce qui n’est pas le cas de Kim Jong Hun quand il se rend en Chine par le même moyen de transport. De la même façon, JLM déclare qu’il ne serait pas contre un nouveau Mai 68 : « Cela ne me déplairait pas un nouveau 68 » a-t-il affirmé en délaissant d’ailleurs le pluriel. Oui, cher Jean-Luc, nous non plus, car au moins, en 68, la chienlit n’avait pas de chef ni d’ordres à recevoir d’une « gauche selfish » aux relents staliniens et nombrilistes et encore moins d’un député ancien sénateur et ministre (ou secrétaire d’état, mais c’est quasiment la même chose) dont la carrière politique dépasse largement l’âge d’un étudiant attardé, même soixante-huitard. On remarquera également que le Grand–Timonier-de-la-Barre-à-Gauche a terminé son discours par une citation de Mao : « On peut être l’étincelle qui met le feu à la plaine ». Proposons-lui pour terminer ces quelques vers tirés de la version française d’une chanson russe chantée autrefois par les Compagnons de la Chanson et traduite par… Francis Blanche, inoubliable Maître Folace, notaire, dans les Tontons Flingueurs et au moins aussi constructifs et encore plus poétiques :

Plaine, ma plaine, sous l’épais manteau de neige
La terre renferme dans sa main
La graine, récolte de demain

Dans un style assez proche – je détiens la Vérité et vous autres, allez vous faire voir – au moins aussi péremptoire mais avec des méthodes un peu plus coercitives, le CRIF (Conseil Représentatif des Institutions Juives de France) a lui aussi défrayé l’actualité. A l’occasion de la marche blanche dédiée à la mémoire de Mireille Knoll, assassinée parce qu’elle était juive, l’organisation qui donne ses brevets de républicanisme à table lors d’un dîner annuel qu’on espère kasher, s’est fait remarquer. D’abord en fourrant Mélenchon et Le Pen fille dans un même panier antisémite, ensuite en s’assurant que la marche était bien leur propriété en virant ceux qui ne leur plaisaient pas de la manif. Le CRIF, qui représente les « institutions juives » (en tous cas certaines et non les Juifs) devrait changer de lunettes. Pour lui, « antisionisme » est égal à « antisémitisme ». Soutenir un mouvement de boycott contre Israël serait au moins aussi grave que de faire l’apologie des chambres à gaz.

Outre le fait qu’Israël qui est un état qui a fait des choix et non une religion ou une origine dont on hérite, on remarquera à cette occasion que grâce au manichéisme du CRIF, on peut être à la fois « juif » et « antisémite si on est « antisioniste ». Beaucoup moins drôle, si les députés de La France Insoumise ont effectivement dû quitter la manif, ceux du front ou rassemblement (on ne sait plus très bien) soi-disant national (mais en fait nationaliste) ont pu revenir en queue de cortège grâce aux extrémistes de la LDJ, la Ligue de Défense juive, sorte de milice qui ne dérange en rien les dirigeants du CRIF pourtant autoproclamés hérauts de la lutte contre « les extrêmes ». Curieusement, personne n’est allé demander au fils de Mireille Knoll comment il avait perçu cette marche. On rappellera seulement que Daniel Knoll avait déclaré la veille: « Tout le monde, sans exception, a le droit de participer à la marche pour la mémoire de ma mère et contre l’antisémitisme ». Ce qui selon le CRIF pourrait le classer dans la catégorie des « antisémites » ou au moins des « collabos ». Jean Daniel, fondateur du « Nouvel Obs » devenu « Obs » (il n’est plus nouveau depuis longtemps, je veux dire le magazine) qui ne peuvent être ni l’un ni l’autre suspectés d’antisémitisme ou d’antisionisme, a estimé que le CRIF avait commis « une faute politique » et que « tout cela était naturellement subversif, vicieux et inacceptable ».

A propos de « subversif, vicieux et inacceptable », mais dans un autre registre, passons à la triste nouvelle qui a endeuillé un pays tout entier. Not’Président – le vrai, celui de la Présipauté de Groland – a démenti ce qui était pourtant gravé dans le marbre de la constitution grolandaise. Non, Christophe Salengro n’était pas « inmourable ». Il l’avait d’ailleurs solennellement affirmé à plusieurs reprises, « Groland, je mourirai pour toi ! ». C’est par un triste dredi qu’il a laissé tous les Grolandais et toutes les Grolandaises orphelins de Not’Père de la Nation. A mes confrères Francis Kuntz, Jules-Edouard Moustic, Michal Kael, Gustave de Kervern, Vincent Marronnier et à tous les habitants de Groville, de Glumotte, de Gonflincour ou de Chichigneux, je n’ai pas peur d’affirmer que Not’Présipauté ne mourira jamais et que Not’Président est éternational ! (éternel, national et international). A toutes et à tous, je leur adresse mes plus sincères condoléances.

Et hop !