On n’a pas tous les jours 20 ans… sauf à Radio HDR !

Henri de Saint-Ansbert est le nom de plume emprunté par Jean-Luc Chavanieux, président de la radio associative Radio HDR, avec qui Filfax est partenaire, pour signer ses billets bimensuels. Deux fois par mois, les « Chroniques d’un monde patraque » mettront le doigt là où ça fait mal, là où ça coince, là où le caillou se glisse dans la chaussure, l’épine dans le pied, le bâton dans la roue... Les médias, les politiques, les personnalités médiatiques et même les êtres humains d’ici et d’ailleurs seront épinglés, houspillés, brocardés, secoués mais aussi récompensés pour leur infinie contribution à la bêtise que l’on perçoit bien portante et en pleine expansion par les temps qui courent. Des chroniques qui ne se prendront pas au sérieux mais qui ne feront pas de cadeaux non plus…

C’est mathématique, logique et implacable. On n’a qu’une fois vingt ans dans sa vie, au mieux. Comme on ne fait jamais tout comme tout le monde, à la Radio HDR, pendant un an, on aura toutes et tous et tous les jours vingt ans…

Pour une fois, dans cette chronique, on parlera du passé et non de l’actualité. En effet, c’est en mars 1998 que la Radio HDR a commencé à émettre sur la bande FM, le 16 pour être précis. A ce moment-là, celles et ceux qui se sont lancés dans l’aventure n’imaginaient pas forcément que l’expérience HDR « tiendrait » longtemps, en tous cas vingt ans, ou alors pour rêver ou rire. Se lancer avait déjà été une sorte d’épreuve, de gageure et personne n’avait eu alors l’outrecuidance de se projeter au-delà de l’an 2000 ou pour les plus optimistes, cinq ans plus tard. Il faut préciser que la Radio HDR, qui s’est depuis sous-titrée « Le Mix des Cultures » n’a pas recherché la facilité. Une équipe multiculturelle, un lieu d’implantation pas banal, un projet d’éducation populaire, un projet radiophonique sorti de nulle part, une volonté à la fois de pertinence et d’impertinence, bref, de quoi ne pas se faciliter la vie.

Pendant que la Radio HDR s’installait dans le PAF et sur sa fréquence hertzienne, les Bleus (oui, ceux du foot) se préparaient à gagner leur Coupe du Monde. Personne n’y croyait, et pour nous, la banda à Moïse Gomis, et pour la bande de Jacquet. Vingt ans plus tard, la « France Black Blanc Beur », après avoir fait fantasmer, n’est toujours pas une réalité, loin de là. Sauf chez nous. Le « Mix des Cultures » a perduré jusqu’à aujourd’hui, renforçant au fil du temps sa présence sur les ondes, sur le web, sur le terrain de nos quartiers au bord du sinistre, porté par une équipe de salariés et de bénévoles dont la richesse est sa diversité. Ne dit-on pas qu’à HDR, ce qui nous rassemble, ce sont nos différences ? Il en est d’ailleurs passé un certain nombre dans nos locaux, de différences. Pendant ces vingt ans, des centaines de bénévoles, de stagiaires, des dizaines de salariés dans les différents postes créés, des milliers et des milliers d’auditrices et d’auditeurs ont participé ou assisté à cette expérience qui, à force de durer, n’en est plus une.

Mais si la route vers l’enfer est un chemin pavé de bonnes intentions, celui de la Radio n’a pas été tous les jours couvert de pétales de roses. Et il y en a eu des difficultés. De tous ordres. Administratif, financier, judiciaire, humain, technique, et j’en passe, chaque problème a été géré, résolu. Comme on dit dans nos couloirs, « à HDR, il n’y a pas de problèmes, il n’y a que des solutions ». Et des solutions, il y en a eu aussi. Encore plus que de difficultés rencontrées. Vingt ans après sa création, Radio HDR est la plus importante des radios associatives de Normandie avec son nombre de bénévoles, son équipe salariée, son budget, son ancienneté, son activité radiophonique ou dans les champs de la culture et du social et son auditoire. Durant nos vingt ans, nous avons été remarqués, localement bien sûr mais au-delà. Ainsi, on a parlé de nous sur les ondes de France-Info, dans les colonnes de Filfax, de Télérama, du Times (oui, Times Magazine !), ou dans les congrès du Syndicat national des Radios libres, et ailleurs. Pour ainsi dire, nous sommes devenus un repère (mais pas pépère), une référence (mais pas en vente), un exemple (à citer). Ce qui ne nous empêche pas comme tout le monde de devoir lutter au quotidien pour notre survie.

Cette année de nos vingt ans sera ponctuée d’événements. Ils se déclineront sous plusieurs formes, des concerts, des émissions de radio (normal !), des événements en extérieur (sortez couverts !), en intérieur, des moments de partage, de culture, de libre parole… On célèbrera vingt ans d’agitation radiophonique, de liberté d’expression, de découvertes artistiques. Il y en aura pour tous les goûts, tous les âges. On se repenchera sur notre histoire et on fera la fête (en français la teuf), avec les « anciens » de la radio, avec les « compagnons de route », avec les artistes locaux, avec les acteurs associatifs, avec nos partenaires, avec nos collectivités territoriales, nos auditrices et auditeurs, avec toutes celles et ceux qui pensent que nous en valons la peine.

D’ailleurs, vous pourrez vous aussi avoir vingt ans tout au long de cette année en nous rejoignant dans nos diverses célébrations qui seront dévoilées sur le site et les ondes de la radio, au fur et à mesure. Parce qu’avoir vingt ans pour une radio comme la nôtre, c’est une performance, nous essayerons d’être à la hauteur d’une histoire pas commune. Alors, comme on dit, venez nombreux !

Il y a quelques années, le regretté écrivain américain Dan Fante disait que les écrivains étaient des « anomalies sociales », des « boutons sur le cul de notre culture ». Le « Mix des Cultures » est et sera  toujours d’une certaine façon une anomalie sociale ainsi que le poil à gratter du fondement d’une société qui a parfois du mal à se décoincer.

Joyeux anniversaire.