Anne Mansouret : « Je savais qu’à la minute où je « balançais » Strauss-Kahn, ma carrière politique était fichue »

Retirée de la vie politique depuis 2015, l'ex-socialiste Anne Mansouret, longtemps figure du conseil général de l'Eure, a accepté de recevoir Filfax pour parler politique régionale et nationale, mais aussi du mouvement "balance ton porc" et de l'affaire DSK, à laquelle elle fut indirectement mêlée. Interview sans filtre.

C’est à Gauciel, petit village posé dans la campagne ébroïcienne où elle est restée après son retrait de la vie politique, en 2015, qu’Anne Mansouret, sollicitée par nos soins, a accepté de nous recevoir. Pour évoquer la donne politique locale, régionale et nationale, évidemment, mais la discussion a vite dérivé sur d’autres thèmes, en premier lieu « balance ton porc » et autres « metoo », sujet sur lequel ses positions tranchent avec l’air du temps, et c’est un euphémisme. « Les néo-féministes vont hurler en lisant cette interview », se marre la mère de Tristane Banon, la journaliste qui avait défrayé la chronique au moment de l’affaire « DSK – Sofitel » en révélant avoir subi une agression sexuelle, quelques années plus tôt, de la part de Dominique Strauss-Kahn. Dans la foulée, Anne Mansouret dévoilait aux policiers une liaison passée avec le même DSK.

Et la politique ? Celle qui fut parachutée en 1989 dans l’Eure – « où ma mère vivait et est enterrée » – par Laurent Fabius, passant du Parti radical de gauche au Parti socialiste avant d’en être exclue en 2012 pour dissidence, dit s’en être définitivement éloignée. Ses mandats de vice-présidente du conseil général de l’Eure (2001-2015) et de conseillère régionale (2004-2015) appartiennent au passé. Dans sa jolie propriété du Clos du Manoir, l’iconoclaste septuagénaire développe désormais à plein temps un concept de résidence hôtelière, tout en servant de nègre aux notables locaux désireux de coucher leurs mémoires sur le papier.

Vraiment terminée la politique ? Tout cela s’est donc achevé sur la défaite de la gauche aux cantonales de 2015…

Oui. Et non seulement cela, c’est le fait que je n’étais pas d’accord du tout avec la réforme des collectivités territoriales mise en oeuvre par Hollande et Valls. En plus, très sincèrement, au bout d’un certain nombre d’années, même si j’ai de l’estime pour ceux qui font cela toute leur vie, c’est quand même extrêmement réducteur. Sauf à devenir président de conseil général ou régional, ce dont j’aurais été fichtrement incapable, faute de la culture administrative nécessaire. En revanche, aussi débile que cela puisse paraître, j’aurais pu être ministre, avec une armada de conseillers en tout genre. Dans un conseil départemental ou régional, ce n’est absolument pas la même démarche. Par exemple, en tant que conseillère générale, si vous avez un dossier qui vous tient à coeur, vous allez voir les services attitrés, et vous vous faites incendier. Vous êtes rappelé à l’ordre par le président qui vous convoque et vous explique comment ça se passe : il faut que ça remonte au président et que ça redescende à travers tout l’organigramme des services.

Même en tant que vice-présidente ? 

Qu’importe. En plus, il faut convenir que tant Alain Le Vern que Jean Louis Destans, j’ai eu deux présidents disons jupitériens. L’un comme l’autre avait cette culture administrative. Moi, j’ai toujours été une sorte d’électron libre. J’ai fait Sciences Po, certes, mais sans l’intention de faire l’ENA après. Et puis, au-delà, vivre une seule vie m’a toujours semblé terriblement frustrant, d’un mortel ennui. Je m’éclate aujourd’hui autant en tant que taulière qu’en responsable politique ou communicante. J’ai toujours eu une dose assez massive de narcissisme, je ne me suis jamais dit que je n’y arriverai pas. Quand les choses ont commencé à m’emmerder, j’ai toujours eu la chance de trouver autre chose.

La fin de votre carrière politique aurait répondu au même schéma…

J’ai d’abord voulu être élue pour affirmer une identité française (née en Iran, Anne Mansouret est naturalisée à 21 ans). J’aurais pu demander à Fabius de me trouver une place quelconque à Paris, mais je voulais un truc local. En quinze ans, j’en ai fait le tour. Après, si j’avais été élue, j’aurais continué encore un mandat, il n’y a pas de doute là-dessus.

Aucune aigreur ou nostalgie ? 

Ah non ! Au contraire. J’ai tourné la page avec beaucoup de bonheur. Certains ne comprennent pas et me disent parfois « on t’invitera à la prochaine galette des Rois ». Oui, bon d’accord, je viendrais peut-être, faut voir…(sourires). Je suis sortie du jeu, complètement, même si j’ai toujours mes idées et que je m’éclate sur Facebook. A mon âge, c’est jubilatoire, on peut dire tout ce que l’on pense. J’en profite avec délectation.

En effet, j’ai jeté un coup d’oeil sur votre page personnelle. Vous y êtes active…

Je n’ai jamais su utiliser les termes qu’il faut, avoir le regard qu’il convient au bon moment. En ce moment, Dieu merci, je n’ai pas de fonction élective. Si j’en avais, j’aurais un mal fou avec cette espèce de puritanisme féministe auquel on assiste depuis quelques mois ou années. C’est effarant. Je trouve cela extrêmement grave, mais je ne pourrais le dire si j’étais élue.

Votre parole aurait-elle forcément débordé ?

Non, ce n’est pas cela. Quand vous êtes élue, même d’un village de 400 habitants, vous représentez votre commune. Il y a un consensus à trouver pour ne heurter personne. En ce moment, depuis les réseaux sociaux, depuis cette macronisation des esprits, ce « tout le monde il est beau tout le monde il est gentil », ce « faut pas être trop ceci, trop cela », on ne peut pas exprimer des points de vue parfois violents. Alors que j’estime que la violence réside dans ce qu’il se passe actuellement.

Mes origines, entre autres, ont fait que certaines menaces sur le rôle de la femme, sa position dans la société, m’ont amenée à beaucoup réfléchir à ces questions. Tout le mouvement du féminisme basé sur une volonté d’égalité entre les hommes et les femmes, à partir du moment où vous rétrogradez la femme dans une position d’objet, car c’est ce qui est en train de se passer, perd sa nature. Ce n’est pas en pénalisant que l’on va empêcher le sexisme. Le sexisme existe, c’est une différenciation des sexes. Il y aura toujours des hommes qui voudront avoir une femme « traditionnelle », sexuée. Et avec l’influence de l’islam, je vois arriver le moment, pas pour moi parce que je suis vieille, où, par une espèce de consensus mou, les positions de l’islam vont prendre le dessus petit à petit. Et, pour éviter que les femmes soient en butte à cette violence, à cette soi-disant agression des hommes, on dira qu’il faut les protéger. Comment ? En les mettant sous la protection d’un mari, d’un frère, d’un voile, d’une tenue pudique. On va créer une distinction entre les hommes et les femmes que l’on a cherché à estomper pendant des décennies.

Certaines jeunes femmes sont hyper sexy, affriolantes, avec des robes ultra-courtes. On s’attend à ce qu’elles aient envie de plaire à un homme. Et à ce moment-là, c’est « pas touche ». Il faut regarder passer l’icône à moitié à poil et ne surtout pas réagir. Prenez l’exemple de la jeune députée Aurore Bergé. Il ne faut pas exagérer. J’ai fait de la politique et j’ai été plusieurs fois sur un plateau de télévision. Quelle que soit votre position, la politique s’accompagne de communication. Donc vous réfléchissez à ce que vous allez mettre sur le dos. Le gars qui se pointe avec une cravate veut faire passer un message différent que le gars en tee-shirt. Dire que Melle Bergé n’avait pas réfléchi en mettant une robe ultra-décolletée, je n’y crois pas une seconde. Après, qu’est-ce qu’elle a fait ? Elle est jolie, bien roulée, c’est son droit de le montrer. Bravo et tant mieux. Mais, si vous vous promenez comme cela, il y aura ceux qui vous diront « viens voir mignonne si la rose » et d’autres qui préféreront le « quand est-ce qu’on baise ». Il y a toujours eu cela. C’était pareil il y a cinquante ans. La différence, c’est qu’alors on privilégiait celui qui nous parlait de rose. Maintenant, il ne faut pas le dire. Ce retour du puritanisme est incroyable.

Cette jeune femme, Melle Bergé, nous dit qu’elle a reçu des remarques désobligeantes sur les réseaux sociaux. Vous ne croyez pas que j’en ai reçues… Au moment de l’affaire Strauss-Kahn, encore élue, j’avais des maires de petites communes du sud de l’Eure qui me disaient « au fait, Strauss-Kahn, c’est aussi bon qu’on le dit ? » Ce n’est pas d’une distinction folle, mais on n’en meurt pas non plus. Les simagrées de Mlle Bergé, à mon sens, servent à passer sur quelques plateaux de télévision supplémentaires. Qu’on arrête de se foutre de la gueule du monde ! Il y a, en revanche, des femmes qui réellement vivent cela difficilement. Mais bon, je préfère écouter Élisabeth Badinter que Caroline de Haas. Je préfère la tribune signée par Catherine Deneuve. Chacun sa tasse de thé.

Si on vous suit, le mouvement « balance ton porc » n’est pas vraiment de votre goût…

Il est difficile d’émettre un avis contraire. On se fait incendier. C’est le « mainstream », le courant dominant. Si vous avez le malheur de supposer qu’après tout, quand Weintein faisait monter une starlette dans sa suite, peut-être avait-elle une petite idée de ce qui l’attendait… Ça m’est arrivé vingt fois dans ma carrière. Un rendez-vous au Royal Monceau, le réceptionniste vous indique que Monsieur X vous attend dans sa suite. « Heu, très bien, dites-lui que je l’attends dans le hall… » Voilà.

Ce qu’on devrait apprendre aux filles, c’est à voir d’abord dans un homme un être humain, et pas une paire de couilles. Ne pas avoir peur. A un autre niveau, c’est pareil avec les migrants. Les gens ont peur, parce qu’ils sont un peu plus noirs… Mais merde, dans le regard d’un homme, d’une femme ou d’un enfant, il y a le regard d’un homme, d’une femme ou d’un enfant. Pas forcément un rapport d’agressivité, et d’agressivité sexuelle notamment.

A travers la judiciarisation systématique, à travers la délation, n’importe qui peut raconter n’importer quoi. C’est du défoulement.

Vous parlez de femmes de pouvoir, artistes ou autres, qui ont plus souvent la maîtrise de choisir leur vie. On n’est peut-être pas dans les milieux où les jeunes femmes sont le plus fréquemment harcelées, dans les quartiers ou ailleurs…

Dans les quartiers, comme à Evreux, allez voir ce qu’il se passe. On apprend à la petite fille de ne plus faire la bise à son petit cousin, parce que c’est un garçon. Ça, c’est la réaction.

Après, j’ai rencontré des cas il est vrai scandaleux. Des filles qui travaillaient dans les cuisines des collèges, des lycées, et qui ont droit à de véritables et dégueulasses chantages. C’est « tu me fais une pipe le matin ou t’es mal notée et t’auras pas tes points d’avancement ».

Que faites-vous de cette « libération de la parole » ?

Pfff… A quatre ans, j’avais l’impression que ma parole était déjà libérée, et pourtant je suis née à Téhéran… Alors je ne vous raconte pas aujourd’hui. Or, on a maintenant l’impression que toutes les femmes ont été victimes de harcèlement. Déjà, le terme de victime me donne des boutons.

Ma plus jeune fille, Tristane, n’est pas d’accord avec moi, elle se retrouve dans le mouvement actuel. Elle me dit « tu ne sais pas ce que c’est que de ne pas pouvoir sortir sans qu’on te mette la main aux fesses ». Effectivement, je ne sais pas ce que c’est.

Au début, elle était à fond « metoo », même si elle a mis un peu d’eau dans son vin. Pour ma fille, je suis un mec, pas une femme. Cherchez l’erreur. Elle a ce besoin d’être protégée en tant que femme. Pour elle, si on ne l’est pas par la société, eh bien où va-t-on ? Je n’ai pas ce besoin.

Par chance, j’ai été construite intellectuellement dans un cocon qui vous a donné, sans même que vous vous en aperceviez, un nombre incroyable d’acquis inconscients qui vous permettent de faire face à un tas de situations.

Avec le recul, comment avez-vous vécu l’affaire DSK, cette fenêtre médiatique qui s’est abattue sur vous ? 

Ça a bousillé ma vie, clairement. En même temps, je suis lucide, il faut assumer. Je savais qu’à la minute où je « balançais » Strauss-Kahn, ma carrière politique était fichue.

Vous ne le regrettez pas ?

Non. Je ne l’ai pas fait quand il y a eu l’histoire avec ma fille, en 2003. Je l’ai fait plus tard. En 2003, je l’avais pris entre quatre yeux. Il m’a donné des explications qui n’étaient sans doute pas morales, mais que j’ai comprises. J’ai conseillé à ma fille de ne pas parler à ce moment-là. Je considère que l’erreur de ma fille a été de le faire chez Ardisson. Dans ma façon de voir les choses, et encore une fois, je n’ai pas le même âge, soit on fait les choses tout de suite, soit on se tait à jamais. Toute situation intermédiaire n’est pas valable. Soit l’on considère, après un arbitrage personnel, que c’est tellement grave, que cela a laissé des séquelles tellement problématiques pour la suite, qu’il faut alors porter plainte, même si ça n’aboutit à rien. La justice a malgré tout un effet réparateur. En revanche, pour des raisons d’intérêt, car je pense qu’il faut être un peu intéressé par son propre avenir, j’ai expliqué à ma fille que jusqu’à la fin de ta carrière, tu seras la fille qui a eu un problème avec Strauss-Kahn. Partant de là, deux solutions : si DSK devient président de la République, est-il intéressant d’être la fille qui a eu un problème avec lui ? Pas terrible. Ou bien ne vaut-il pas mieux savoir que t’as eu un problème et éventuellement en tirer quelque chose auprès du président… Je le dis aussi froidement que cela. S’il l’avait violée, cela aurait été différent, bien sûr, mais ce n’était pas le cas. En plus de cela, ma fille est journaliste et à chaque fois qu’elle ira interviewer quelqu’un, le sujet planera en fond. C’est comme ça.

Je l’avais dit à Strauss-Kahn. Jamais tu ne pourras concilier une carrière politique avec ce genre de déviations. Je veux bien conseiller à ma fille de la boucler, moi-même je te garantis que je n’en parlerais pas, sauf si les circonstances font que c’est too much. Il me connaît et, pour moi, un homme de gauche, car c’en est un aussi bizarre que ça puisse paraître, ne peut s’attaquer à une femme de chambre noire dans un hôtel. Le côté droit de cuissage est insupportable. C’est à ce moment-là qu’on est venu me chercher et que j’ai balancé. Je suis capable d’être très cynique, mais il y a des choses qui ne me sont pas tolérables. On peut me demander de me taire, pas de mentir.

En 2003, vous conseillez à votre fille de se taire et, des années plus tard, l’affaire du Sofitel vous indigne. C’est paradoxal.

Je n’ai pas été indignée par ce qui est arrivé à ma fille, ça peut paraître choquant, ça l’est d’ailleurs. Mais le nombre de mecs, soyons clairs, qui ont le fantasme de coucher avec la mère et la fille… Et puis je le répète elle n’a pas été violée.

Revenons-en au terrain politique normand. Que pensez-vous d’Hervé Morin, le président centriste de la Région ? Vous me disiez l’autre jour au téléphone avoir de l’affection pour lui…

Faut pas exagérer non plus (rires). Les sentiments qu’on peut éprouver pour quelqu’un peuvent être de la sympathie, ce que j’appelle affection, du respect, de l’estime, ou de l’amitié, ce que je n’ai pas pour lui. Et enfin vous avez l’admiration. Pour Hervé Morin, oui, parlons d’affection. C’est quelqu’un d’avenant, qui aime la vie. Et on me dit qu’il fait plutôt correctement le job.

Et quid du tandem Bruno Le Maire – Sébastien Lecornu, ex-LR partis avec fracas à la République en marche ?

J’ai de l’admiration pour Bruno Le Maire, qui est un type bien même s’il n’était pas de mon bord politique et s’il m’a battue aux législatives. Il était meilleur, point. Et puis il a bénéficié de l’aide de Jean-Louis Debré. Je ne l’ai jamais vu bas, petit. C’est un des rares avec Laurent Fabius qui peut compter sur moi, même s’il n’en aura jamais besoin. Quant à Sébastien Lecornu, je le trouve brillantissime. Il arrive à la fois à être issu du terrain et à faire preuve d’une intelligence redoutable. Ça ne m’étonnerait pas qu’il monte encore.

Vous avez donc applaudi leur départ chez Macron ?

Oui. A 40 ans, j’aurais fait la même chose ! A 72 ans, c’aurait été ridicule. La vie comme la politique est une question de timing. Et puis ce n’est pas une trahison.

Et Macron, justement. Quel est votre jugement ?

Je trouve que son projet pour la France, avec beaucoup de communication, est extrêmement ringard. C’est exactement ce que l’on savait qu’il fallait faire depuis Rocard. Je l’ai entendu avec Strauss-Kahn et les rocardiens. Trente ans plus tard, on est en train de donner une bouffée d’oxygène pour rétablir à peu près la situation à laquelle les autres pays européens étaient parvenus il y a quinze ans. On le fait trop tard.

J’étais bien plus intéressée par le programme de Benoît Hamon, même si je me suis retrouvée avec mes 6% en bandoulière. Lui a réellement une vision d’avenir. Son projet correspondait à l’évolution de la société. Je n’ai pas voté pour Macron, ni au premier ni au second tour. Je n’avais aucune crainte que Le Pen passe.

Mais vous dîtes qu’à 40 ans vous seriez partie à En marche…

A 40 ans, il faut avoir un peu d’ambition. Mais, avec le développement du numérique, des pays émergents, la globalisation de l’économie, j’avais apprécié que Benoît Hamon dise qu’aujourd’hui tout le monde ne peut pas travailler. Et la quasi-totalité des emplois accessibles à tous sera de plus en plus mal payée. Son projet de revenu universel, ou celui de l’économiste Thomas Piketty d’ailleurs, est une excellente idée. Ce serait l’héritage de ceux qui n’en ont pas. Sur le PIB, il y a une part pour ceux qui ne peuvent plus travailler.

Là-dessus, je suis bien plus à gauche que Macron. Lui est un financier, il est formaté comme cela. A l’instant où je l’ai vu débouler j’ai vu Jacques Attali en marionnettiste et lui en pantin. Je l’ai croisé deux fois, il est charmant, avec beaucoup de séduction dans le regard. Ce qu’il n’a pas dans les médias. Ce qui m’a troublée, c’est son côté mauvais acteur. Il joue faux, ce n’est pas un orateur. Et voilà un homme qui, pourtant, a toujours voulu jouer la comédie… Je ne lui sens rien de ce que j’appelle la densité humaine. Ce type est hors-sol. C’est pour moi un adolescent romantique. Est-ce le meilleur profil pour diriger la France ?

J’ai rencontré une fois Mendès-France. C’était totalement l’inverse. Quand il arrivait dans une salle d’école au fin fond de la Normandie, quelque chose se passait. Une espèce d’aura. Mais ça ne passait pas si bien que ça dans les médias.

Macron me fait penser à Fabius jeune, avant le sang contaminé. On a l’impression d’êtres humains sur lesquels il n’y a jamais eu d’accrocs. Fabius était le premier de la classe, l’admirable Laurent, champion d’équitation, agrégé de grammaire et patati… Et tout d’un coup il en a pris plein la gueule. Sur ce qui lui était le plus insupportable, c’est-à-dire que l’on mette en cause sa morale. On peut faire beaucoup de reproches à Laurent Fabius, mais c’est l’un des seuls hommes d’Etat que j’ai connus. Une très haute exigence de lui-même. Pour Macron, qu’est-ce qui a fait la chair de ce qu’il est aujourd’hui ?

Je reviens en Normandie. Que pensez-vous des députés macronistes eurois ? 

Je ne les connais pas. J’entends Claire O’Petit, la blonde de la radio. Ah, Claire O’Petit ! Certains de ces nouveaux parlementaires semblent charpentés intellectuellement, mais d’autres… A l’époque, au cinéma, on avait les publicités nationales, avec une certaine tenue, et les réclames locales, du charcutier du coin. On voyait la différence de ton. C’est le sentiment que j’ai quand j’écoute les ténors nationaux d’En marche et leurs représentants locaux. Bruno Questel doit tenir la route, il connaît la politique, mais les autres ?

Par exemple, je n’ai pas une immense reconnaissance pour la façon dont m’a traitée Jean Louis Destans, à qui j’aurais beaucoup de reproches à faire, mais je dois reconnaître qu’il fut un excellent président de conseil général. Il y a fait le job au superlatif. Bon, député, on ne l’a pas trop entendu. Et puis intégrer la commission des affaires étrangères quand on représente un département rural…

On a entendu dire que Fabien Gouttefarde, député LREM de l’Eure, voulait se présenter à Evreux en 2020…

Je l’ai entendu aussi. Tout est possible, on a tout vu à Evreux… Mais je pense que Lefrand sera réélu.

Justement, quel est votre avis sur le maire LR d’Evreux Guy Lefrand ?

Comment dit-on ? Joker.

Ça ne m’arrange pas…

Je pense qu’il fait le boulot, qu’il est aimé de la population. ll fait danser les petites vieilles, il dit les conneries qu’il faut, il a fait de gros progrès dans la façon de s’exprimer. Surtout, il a le cul bordé de nouilles car il n’y a rien en face. Quant à la personne, elle ne m’a jamais impressionnée. Je vous exposais tout à l’heure plusieurs catégories de personnes. Ce n’est pas un ami, pas quelqu’un que j’estime ou que je respecte particulièrement. C’est de l’indifférence polie. Je l’ai connu comme l’ombre portée de Bruno Le Maire, qui l’avait mis là, pensant qu’il serait un bon maire d’Evreux. Je ne lui vois pas d’autres ambitions.

1 COMMENTAIRE

  1. Cash la Mansouret ! Elle a un discours plutôt rafraîchissant en ces temps ou le politiquement correct et la pensée unique font la loi.

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