Le Grenelle de l’Environnement à l’épreuve du terrain 

Grenelle de l’Environnement… Et après ? Cette observation en forme de question a été souvent entendue, les derniers mots de conclusion du Président de la République à peine prononcés avec son cortèges de propositions-suggestions. Pour prolonger ce débat, fil-fax normandie va reprendre les thèmes du Grenelle de l’Environnement en interrogeant les acteurs territoriaux sur ce qu’ils comptent en faire. Première étape : les routes de la Seine-Maritime.

L’alternative à la route
“Nous devons répondre au droit à la mobilité“ prévient le conseil général de Seine-Maritime

« Toute nouvelle route devra être justifiée par un réel problème de sécurité et de congestion et le gouvernement s’engage à redéployer des moyens dans le ferroviaire» a conclu en substance le Grenelle de l’Environnement parmi les dix objectifs principaux destinés à assurer un meilleur développement durable.
Le Conseil général de Seine-Maritime est concerné au premier plan : Il gère 6.600 km de routes dont 300 km ex-nationales dont il a « hérité » de l’Etat, un ensemble auquel il consacre plus de 130 M€ par an. « Nous n’avons pas attendu ce feu vert du gouvernement pour reconsidérer en profondeur notre politique en matière de transports », commente tout d’abord Michel Barrier, conseiller général PCF du Havre, président de la commission des Infrastructures au Conseil général. Selon la collectivité, l’enjeu fondamental est d’être en mesure de répondre au « droit à la mobilité pour tous», qu’il s’agisse de la mobilité des personnes ou des biens. « La voiture est un élément de réponse bien adapté, trop bien adapté même, et nous devons considérer dans notre politique les autres moyens de déplacements que sont par exemple le vélo, et surtout les transports collectifs qui cumulent des intérêts à la fois économiques et écologiques ».
Le Département a ainsi développé le transport interurbain à tarification unique à 2 € ou le Pass Jeunes qui permet à un tarif modeste (30€) à de voyager sur son réseau de lignes régulières toute l’année. « C’est autant de voitures en moins sur les routes tout en répondant au droit à la mobilité ». La collectivité doit également généraliser le « transport à la demande ». Pour M. Barrier, cette démarche a besoin de s’inscrire dans une politique plus globale d’aménagement du territoire. Il cite les mouvements de population sur la Pointe de Caux qui se traduit par une migration de la ville centre vers la périphérie. On s’orienterait ainsi d’ici 2020 vers un doublement du trafic entre le Havre et Octeville et qui devrait nécessiter en toute logique le doublement des voies routières. « C’est une mauvaise solution », juge l’élu qui considère « plus naturel » d’allonger de 2 km la future ligne de tramway qui desservira la nouvelle clinique. « Nous sommes disposés dans un tel cas, à apporter une contribution financière au tramway plutôt que d’investir dans de nouvelles routes ».
De la même manière, il se dit prêt à examiner un tram-train entre Goderville et le Havre pour répondre à l’augmentation attendue du trafic. « Aussi souvent qu’il est possible, il faut trouver des moyens alternatifs au véhicule individuel ». Le développement de la voie ferrée constitue pour le département la piste privilégiée, notamment pour endiguer l’augmentation du trafic de poids-lourds. « Notre région a une vocation portuaire qu’il faut renforcer mais la question est de savoir comment on déplace les marchandises à terre. La route ne peut - et ne doit plus -tout supporter ». Michel Barrier explique ainsi qu’un camion équivaut à un million de voitures en terme d’agressivité mécanique sur la chaussée. « Outre l’aspect environnemental, cela coûte énormément cher au département qui doit assumer l’écoulement d’un trafic de poids lourds à vocation nationale ». Arguant du fait que la ligne Le Havre-Paris « n’est pas à la hauteur des enjeux de demain », le département considère que le franchissement ferroviaire de l’estuaire de la Seine doit être pris en compte dans les meilleurs délais et il inclura la construction d’une nouvelle gare à Rouen.

Willy Oriou (fil-fax 07/11/07)


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