L’instruction du projet d’Antifer est suspendu (fil-fax 20/01/10) Dominique Aubin Les adversaires du projet sont satisfaits mais restent prudents Les opposants au projet d’implantation du terminal méthanier affichent toute leur satisfaction. Ensemble, les maires des communes de Saint-Jouin-Bruneval, Beaurepaire, Etretat, Heuqueuville, Gonneville-la-Mallet, La Poterie, Saint-Martin du Bec, les membres fondateurs du collectif de 250 élus opposés au projet, le répètent à l’unisson : cette annonce du ralentissement des procédures de demande d’autorisations administratives « nous redonne des forces : eux s’arrêtent, nous on continue ». François Auber, que son combat contre le projet du terminal méthanier a conduit en 2008 au siège de maire de Saint-Jouin, ne s’explique pas pour autant cette décision : « C’est un ensemble de différents facteurs tels que le changement d’actionnaires, inquiets de l’évolution du marché du gaz moins euphorisant qu’il y a trois ans, le blocage du dossier sur le plan de l’urbanisme puisqu’ils n’ont pas de permis de construire, enfin une opposition générale des habitants et des élus. » Natalie Castetz
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Poweo recherche des partenaires pour construire le terminal méthanier
La filiale de Poweo Gaz de Normandie (GDN) a demandé à l’Etat de suspendre l’instruction de la demande d’autorisation d’exploitation d’un terminal méthanier à Antifer le temps de trouver de nouveaux partenaires pour «consolider» financièrement le dossier. «Cette ouverture pourrait aller jusqu’à une prise de participation majoritaire d’un nouvel actionnaire», a précisé Bruno Leredde, directeur adjoint du projet. Il a ajouté que GDN actuellement détenu par Poweo (73 %) et la Compagnie industrielle et maritime (27 %) se donnait six mois pour trouver ces «nouveaux partenaires» qui pourraient être français ou étrangers. Tous les grands noms du secteur de l’énergie sont évidemment pressentis depuis EDF jusqu’à GDF-Suez en passant par Total ou encore 4Gas et Endesa qui avaient répondu à l’appel à projets lancé par le port en vue de la construction de ce terminal méthanier en 2006.
Selon Bruno Leredde, le coût du projet initialement estimé à 500 millions d’euros approche aujourd’hui le milliard. Une partie du différentiel résulte de la prise en compte du raccordement au réseau de gaz national évalué à 150 millions d’euros mais le reste représente une révision à la hausse des coûts. «Le projet présente toutefois l’avantage d’avoir un coût de raccordement au réseau inférieur à d’autres projets et d’avoir peu d’impact sur l’environnement car il sera installé dans l’enceinte du port pétrolier d’Antifer», a précisé Bruno Lerrede. Au Grand port maritime du Havre, on indique que le projet d’une capacité de neuf milliards de m3 n’est pas «remis en cause» et que cette étape a été jugée nécessaire par l’opérateur «pour améliorer son tour de table financier». On précise toutefois que le port n’engagera pas les travaux de construction du terre-plein destiné à accueillir les méthaniers tant qu’une décision ferme n’aura pas été prise.
La décision de Poweo survient dans un contexte rendu plus difficile par la crise financière qui ne permet pas aux petits acteurs d’accéder au marché du crédit dans de bonnes conditions. Pour «sécuriser» le financement de son plan industriel, Charles Beigbeder, le PDG de Poweo, vient de faire monter l’opérateur historique d’électricité autrichien Verbund dans son capital. Mais il faut croire que ce geste n’est pas encore suffisant. D’où l’appel à d’autres partenaires qui pourraient être intéressés par un projet qui a quatre ans de vie et qui est déjà bien avancé, après la tenue d’un débat public en 2007.
Cet épisode va encore alimenter l’épais dossier de la relance de la construction de terminaux méthaniers voulue par l’Etat pour diversifier l’approvisionnement énergétique de la France. Le terminal GDF de Fos-sur-mer a commencé son activité en octobre avec une simple autorisation provisoire d’exploitation faute d’évaluation des risques sismiques suffisante. Celui de Bordeaux porté par 4Gas a été abandonné en novembre par l’Etat pour des motifs environnementaux. Celui de Dunkerque porté par EDF est contesté par des associations de défense de l’environnement. Seul celui de Vorak-Shell également à Fos semble épargné par les critiques.
Le maire nuance : « On a gagné une bataille mais pas la guerre. » Et de rappeler les actions menées : quatre recours contre l’Etat ont été déposés pour diverses irrégularités de procédures (débat public, signature du Projet d’Intérêt Général) et le déclassement de la digue d’Antifer de la zone Natura 2000, sujet d’une pétition envoyée au Parlement européen. Et tous de prôner des solutions alternatives, telles que le développement du tourisme et d’un pôle dédié aux énergies marines. Depuis, François Auber a rejoint la liste PS d’Alain Le Vern pour les régionales –« Un bon niveau pour changer les choses »-. Les élus Verts du conseil régional de Haute-Normandie espèrent que cette suspension est « annonciatrice d’un abandon définitif du projet ».