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Conflit dans le diocèse d’Evreux
Le curé de Thiberville soutenu par les élus locaux refuse de rendre sa charge

(fil-fax 08/01/10)
Un conflit oppose depuis plusieurs mois l’évêque d’Evreux, Mgr Christian Nourrichard, au Père Francis Michel qui refuse de quitter Thiberville, dans le Pays d’Auge eurois, pour rejoindre Louviers où il a été nommé prêtre coopérateur. Sa paroisse dont il est curé depuis 23 ans a été rattachée au regroupement de Bernay et passe sous l’autorité du Père Jean Vivien.
«Aujourd’hui, avec la réduction des vocations, il n’est pas concevable d’avoir un prêtre pour 5.000 habitants», assure Mgr Nourrichard. Dimanche, le ton est monté d’un cran lors de la présentation du nouveau curé aux paroissiens de Thiberville. Accueilli par des banderoles favorables au curé révoqué, des huées et même des insultes, l’évêque n’a pu dire la messe. Mgr Nourrichard a tenté ensuite, sans succès, de se rendre dans l’église de Bournainville Faverolles où le père Michel s’était installé pour dire sa propre messe face à ses partisans.
Une partie des élus locaux en particulier le maire et conseiller général DVD de Thiberville, Guy Paris ont pris fait et cause pour le prêtre déchu. «Avec ce curé qui dégage beaucoup de charisme, tout se passe très bien, les églises sont remplies et les gens viennent parfois de très loin pour l’entendre dire la messe», assure-t-il. Il assure qu’il célèbre «nombre de mariages, de baptèmes et d’inhumations» et que «son activité concourt à l’économie locale». L’évêque qui a reçu mercredi le soutien «à l’unanimité» du conseil presbytéral composé notamment de prêtres du diocèse, élus par leurs pairs estime que ces évènements sont «très graves» et regrette l’attitude des élus qui soutiennent le prêtre. «Ces élus sortent du cadre de leurs responsabilités pour s’immiscer dans la mienne», estime-t-il. De son côté, le maire admet que l’Eglise et l’Etat sont «séparés» en France mais il assure ne pouvoir rester «indifférent» à ce qui se passe dans sa commune en rappelant que «les collectivités sont sollicitées pour réaliser les travaux de réparations des églises dont les coûts sont souvent prohibitifs».

Traditionnalistes
Une pétition demandant le maintien du père Michel a réuni 4.000 signatures, recueillies parfois bien au-delà de Thiberville. Le comité de soutien qui s’est formé en faveur du Père Michel estime que sa paroisse est restée le seul ensemble catholique «encore vivant» du diocèse d’Evreux. «Après Mgr Gaillot et Mgr David, Mgr Nourrichard gère la faillite d’une terre jadis chrétienne, où les églises se ferment les unes après les autres, les catéchismes sont désertés, les vocations découragées, les finances asséchées», assure-t-il dans un communiqué. Un soutien lui est venu aussi des traditionnalistes qui avaient tenté de mettre la main sur la paroisse voisine du Chamblac à la fin des années 1990. Sur son site, l’abbé Paul Aulagnier de la Fraternité Saint Pie X rappelle que le père Michel avait mis une église à la disposition de ces dissidents, un geste qui avait permis le dénouement de la crise. Le Père Michel est toutefois décrit par Guy Paris comme «un prêtre traditionnel mais pas intégriste». Il se promène en soutane et célèbre des messes à l’ancienne avec une partie des chants en latin et beaucoup de faste. Sa manière de faire semble répondre aux attentes des fidèles de cette partie ouest de l’Eure restée attachée aux traditions.


Dominique Aubin

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