Energies vertes (fil-fax 05/11/09)
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Le parc éolien marin de Veulettes ne verra pas le jour avant 2011 ou 2012
Prévu initialement pour la fin 2008, la mise en service du parc éolien marin de Veulettes (Seine-Maritime), le premier à avoir été autorisé en France, n’interviendra pas avant 2011 voire même 2012, dix ans après les premières études. Porté par l’Allemand Enertrag il est actuellement bloqué en raison de recours de riverains, notamment la famille Servan-Schreiber, devant le tribunal administratif. «Nous avons commandé le transformateur et les cables et restons l’arme au pied en attendant», a assuré mardi Philippe Gourveneur directeur d’Enertrag-France lors des Rencontres internationales du Havre consacrées cette année à l’éolien marin. De petite taille avec ses 105 mégawatts (MW) de puissance, ce parc d’un coût de 300 millions d’euros devrait comprendre 21 éoliennes implantées à sept km du rivage.
Au cours de ces journées organisées par le Syndicat des énergies renouvelables (SER), les industriels ont regretté le retard pris par la France dans ce domaine alors qu’une trentaine de parcs existent déjà en Europe, au large du Danemark, de l’Allemagne, du Royaume-Uni ou encore des Pays-Bas. Hormis celui de Veulettes tous les autres projets n’ont pas dépassé le stade de l’instruction ou de la simple annonce. Le SER estime qu’ils représentent un potentiel de 10.000 MW de puissance installée dont plus de 40 % en Manche et Mer du Nord ou les conditions sont les plus favorables. Le long de cette façade, le projet le plus important est porté par la Compagnie du Vent rachetée récemment par GDF-Suez. Ce parc doit se situer quatorze km au large de la côte et s’étendre sur 72 km2 entre Criel-sur-Mer (Seine-Maritime) et Cayeux-sur-Mer (Somme). D’une puissance de 705 MW pour un investissement de 1,5 milliards d’euros, il en est au stade du débat public. Mais le ministre de l’Ecologie Jean-Louis Borloo vient de demander au président de la Commission nationale du débat public Philippe Deslandes de surseoir à son organisation le temps que soit achevée la cartographie du littoral français qui doit permettre de définir les zones réservées à l’éolien marin. Prévu initalement pour le 15 septembre l’achèvement de ce travail a été repoussé au 30 mars, selon le député UMP de la pointe du Caux Daniel Fidelin. Ce nouveau contre-temps est critiqué par le président PS de la région Haute-Normandie Alain Le Vern qui a demandé dans un courrier adressé au ministre que le débat public soit mené «concomitamment» avec la concertation sur la planification de l’éolien en mer.
Selon les industriels présents au Havre, cette absence de cartographie constitue le principal obstacle au développement de l’éolien en mer. Le processus de concertation est rendu compliqué par la multitude des “usagers“ de la mer (pêcheurs, plaisanciers, administrations des ports, exploitants de granulats, défenseurs de l’environnement...) dont les intérêts sont parfois contradictoires. Mais les industriels estiment que l’éolien marin français est aussi pénalisé par la complexité des procédures administratives et par le prix de rachat par EDF de l’électricité produite. Ils demandent «un guichet unique» pour l’instruction des dossiers et une hausse du tarif à 16 ou 18 centimes du kilowatt contre 13 centimes aujourd’hui, un prix déjà très au-dessus du marché (5 centimes).
Certains industriels estiment que la France se prive ainsi d’une source de développement de l’emploi sur son littoral et d’une véritable filière industrielle éolienne. «C’est d’autant plus incompréhensible que l’éolien off shore est globalement accepté alors que l’éolien terrestre fait souvent grincer des dents», observe Frédéric Lanoë, directeur de la filiale française de l’opérateur allemand WPD offshore. Philippe Gouverneur estime de son côté que rien n’est perdu. «On oublie l’objectif fixé par le gouvernement de 1.000 MW d’éolien marin à l’horizon 2012, mais celui de 4.000 MW pour 2015 est peut-être jouable et celui de 5.000 à 6.000 MW pour 2020 est possible», juge-t-il, en assurant que «les choses se mettent doucement en place». Certains estiment même que ce retard peut être une opportunité. «La France pourra utiliser le retour d’expérience de ses voisins européens pour se placer immédiatement en retrait et très rapidement au même niveau», estime Sébastien Moine, chef de projet chez l’opérateur britannique Mott MacDonald. L’avance des autres pays européens est de toute façon à relativiser même si le premier parc éolien danois date de 1993. Aujourd’hui 1 % seulement des éoliennes en service en Europe sont érigées en mer. Cette part doit passer à 20 % en 2020 et 40 % en 2030. Autant dire que l’éolien marin qui permet la construction de grands parcs alimentés par des vents réguliers n’en est qu’à ses balbutiements.