Municipales Il n’est pas encore 19 h et les jeux sont faits à la mairie du Havre. La moitié des 144 bureaux de vote ont livré leurs résultats et à aucun moment, Antoine Rufenacht n’est descendu en dessous de la barre des 54%. Quelques minutes plus tard, l’annonce des résultats définitifs confirme sans surprise la tendance : le maire sortant UMP l’emporte avec 54,74% des voix face à la liste de gauche menée par le communiste Daniel Paul. Dans le hall de la mairie résonne alors un tonnerre d’applaudissements. Après s’être prêté de bonne grâce à un bain de foule - ce n’est pas son activité favorite - le maire remonte le grand escalier alors que ses colistiers scandent en refrain « et un, et deux, et trois mandats ». Willy Oriou (fil-fax 18/03/08)
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La France vue du Havre, la ville « qui résiste »
C’est fait, élu en 1995, Antoine Rufenacht entame son troisième mandat dans la cité portuaire. « Les résultats sont indiscutables, au-delà de mes espérances. C’est un succès pour la ville, la communauté d’agglo et le port », lance t-il au public avant d’appeler à côté de lui, le nouveau conseiller général, Edouard Philippe qui « vient d’être brillamment élu » en succession de Jean-Yves Besselat qui lui laissait le siège. Faut-il voir un signe ? On sait que le jeune énarque est très apprécié de son aîné. Avant de rejoindre ses amis dans la salle de presse, Antoine Rufenacht expliquera à son public que la victoire doit être fêtée, mais dans le respect de ceux qui ont perdu, lui qui « a connu trois défaites avant le succès » sait mieux que d’autres ce moment de solitude. « Je souhaite que le Havre soit un exemple national de démocratie apaisée » ; Dans le public, c’est le silence.
La première joie passée, les élus de la majorité municipale ressentent à leur tout un petit pincement lorsque s’égrène sur l’écran de télévision la liste des villes perdues : Caen, Evreux, Mont-Saint-Aignan, Yvetot, Vernon… pour la région. Toulouse, Amiens, Périgueux, Metz… pour l’ensemble du pays, sans compter le conseil général frontalier de la Somme qui comme sept autres en France, bascule à gauche. « Nous sommes le Havrix de la Normandie, celui qui résiste », glisse malicieusement l’actuel adjoint aux finances, Jean Moulin. L’un des membres clefs de l’équipe de Rufenacht sait qu’ils ont six ans devant eux pour montrer que les havrais « ont fait le bon choix » de les reconduire aux commandes. Sans tarder, on évoque les grandes lignes à venir : « Nous allons finaliser le dur et renforcer le mou ». En langage de gestion municipale, cela veut dire que la politique d’équipements urbains sera menée à son terme (Tour Jean Nouvel, tramway, grand stade…) mais que l’on veut aussi profiter de ce mandat pour privilégier la politique sociale et notamment du logement.
Pendant ce temps-là, les élus de gauche qui ont rejoint, chacun de leur côté la mairie, ne cachent pas leur déception. Le socialiste Laurent Logiou admet qu’il souffre d’un déficit de notoriété dans la ville. « Au cours des cinq dernières années, j’ai concentré mon énergie à la reconstruction du PS au Havre. La machine est prête désormais », se rassure-t-il. La tête de liste, Daniel Paul, voit avec amertume se réaliser ce qu’il « craignait depuis plusieurs mois lorsque le PS a choisi de mener sa propre liste au 1er tour, je savais que la division laisserait des traces ». Dans la prochaine assemblée municipale, les deux partis de gauche treize conseillers élus) ont choisi de disposer de leur propre groupe politique. Daniel Paul qui compte désormais huit élus au lieu de quatre précédemment est convaincu qu’ils trouveront les « moyens de travailler ensemble ». Il est sûr en tout cas, qu’il « fera son job » de l’opposition et qu’il ne manquera pas de « rappeler à Rufenacht les engagements et les promesses qu’il a faites durant la campagne ».