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Quel est l’état de santé des eaux du fleuve ?
Les anguilles contaminées à la dioxine dans l’estuaire de la Seine

Les préfets de l’Eure, de la Seine-Maritime et du Calvados ont interdit le 23 janvier dernier, «  la pêche, la détention, le débarquement, le transport ou la cession en vue de la consommation et de la commercialisation des anguilles d’une taille supérieure à 12 cm ». Cette interdiction qui concerne les espèces provenant des eaux maritimes littorales et des eaux estuairiennes et fluviales de la Seine intervient, expliquent les autorités, en raison des résultats défavorables révélant une contamination en PCB de type dioxine.
L’affaire est sérieuse au point qu’un comité de pilotage national s’est constitué à Paris qui réunit des représentants des ministères de l’Agriculture et de la Pêche, de la Santé, de l’Ecologie et du Développement durable, des associations de pêcheurs professionnels et amateurs et des associations de protection de l’environnement. Cette contamination a été mise au jour à la suite de prélèvements décidés au niveau national depuis la découverte en 2007 de fortes concentrations pollutions dans le Rhône. Les PCB-Dioxine sont des substances interdites de commercialisation depuis 1987 qu’on ne retrouve plus aujourd’hui que dans des systèmes clos tels que les condensateurs électriques et les transformateurs. Ils sont néanmoins très résistants et persistent dans les sédiments, l’eau et les poissons où ils s’accumulent dans les graisses. Leurs effets hautement néfastes sur la santé humaine sont avérés provoquant notamment des troubles du système nerveux et endocrinien. (…)
Combien faudrait-il consommer  d’anguilles  contaminées pour se mettre en danger ? Si dans le cas précis des anguilles de la Seine, les autorités  sanitaires françaises ne souhaitent pas se prononcer, se renvoyant la balle du ministère de la Santé, à l’Institut de Veille sanitaire à l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments, le cancérologue Eric Pluygers explique dans un rapport demandé par le gouvernement belge que « considérant l’absence dans le corps humain de dégradations chimiques fixe pour la vie, aucune concentration de dioxine n’est inoffensive et que la norme acceptable est zéro ». Du côté des pêcheurs, on ne cache pas son inquiétude : l’interdiction des anguilles a un impact économique direct. Les six bateaux de pêche spécialisées, basés à Honfleur, ont dû cesser immédiatement leur activité. Très peu consommées en France, les anguilles sont exportées à bon prix au Japon et en Chine. Les Belges sont également de grands amateurs, c’est ainsi qu’ils s’installent par dizaines dès le mois de mai sur les berges de la Seine et le long des quais du port du Havre. « De nombreuses études sur les effets des polluants devront être menées dans les années à venir », considère la direction départementale des services vétérinaires de l’Eure.  Les professionnels de la pêche ne veulent pas imaginer que d’autres espèces de poissons de fond puissent être concernées par la contamination. Et c’est avec beaucoup de scepticisme que le vice-président  du comité régional des pêches de Basse-Normandie, Jean-Claude Brize, accueille le projet d’approfondissement du chenal de Rouen à la mer : « L’estuaire de la Seine est pourri, le chantier va remuer des fonds où sont emprisonnés des métaux lourds et ce ne sera pas sans conséquence pour l’environnement maritime ».

Willy Oriou (fil-fax 14/02/08)

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