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Elbeuf retrouve son cirque-théâtre, emblématique des anciens lieux de loisirs populaires

Au terme de quatre ans de travaux colossaux de réhabilitation qui ont suivi trois décennies de réflexion et d’hésitation, la ville d’Elbeuf va retrouver, le 14 décembre son cirque-théâtre, un édifice de la fin du 19ème siècle, dont on ne compte plus que quelques exemplaires en France, le plus proche de la cité drapière étant à Amiens.
Avec ce cirque-théâtre ouvert aux spectacles du 21ème siècle, Elbeuf et son agglomération renoue avec la richesse de son histoire industrielle passée. Inauguré le 1er septembre 1892 après seulement 7 mois de travaux, le cirque-théâtre était le lieu des loisirs populaires tel qu’on les concevait à l’époque pour les populations laborieuses disposant tout de même des moyens suffisants pour se payer un après-midi dans un théâtre, écouter des chansonniers, regarder une revue… A l’époque, il y avait une mode pour la construction de cirques en dur autant à l’initiative de municipalités que de sociétés privés. A Elbeuf, ce sont des « notables locaux », Emile Courteheuse et les architectes Laquerrière qui ont financé sa construction. La ville aux Cent cheminées où « tout le monde travaille » comme le clame ses armoiries, avait les moyens d’investir pour amuser le peuple.
Jusqu’au second conflit mondial, le cirque-théâtre a alterné les spectacles de cirque avec fauves, clowns, chevaux, acrobates, ainsi que du théâtre ou de la musique, opérettes et harmonie, des matchs de boxe ou de catch. On s’y retrouve aussi pour des manifestations politiques, le plus prestigieux des orateurs passés par la salle du champ de foire étant Jean Jaurès en 1912. 

La conception du lieu, cirque traditionnel ou théâtre à l’italienne avec une cage de scène spectaculaire, a permis une polyvalence qu’envieraient aujourd’hui bien des salles spectacle. En 1942, on y a proposé du cinéma après la destruction du cinéma de ville. L’après-guerre a malheureusement signé le début d’un déclin qui a touché le spectacle populaire supplanté par la télévision. Rachetée en 1953 par la ville d’Elbeuf, la salle avec ses fauteuils rouges aux tissus passés n’a pas résisté. Quelques concerts pour l’orchestre local, une école du cirque…
Dans les années 80, la ville d’Elbeuf a relancé l’idée d’une réhabilitation qui a débouché en 2000 sur la réunion d’un groupe de partenaires publics. Dès l’année suivante, était créée l’association du Cirque-Théâtre d’Elbeuf qui a reçu le label de “Pôle régional des arts du cirque“ délivré par le ministère de la Culture.
La reconstruction-réhabilitation qui s’achève permet de découvrir une salle aux dimensions exceptionnelles, et dont la légèreté des lignes intérieures tient, paradoxalement, à la piètre qualité des matériaux de la construction initiale. Pour conserver les mêmes volumes et espaces, accueillir jusqu’à 900 spectateurs il a fallu utiliser les meilleurs matériaux du début du 21ème siècle autour d’un extraordinaire cadre de scène… La facture s’en ressent : 10 M€.
Dès octobre 2006, le nouvel EPCC (Etablissement public de coopération culturelle) du Cirque-Théâtre d’Elbeuf a placé Roger Le Roux à la direction, avec son expérience acquise au Carré Magique de Lannion. L’ouverture du 14 décembre poursuit une programmation commencée sur le champ de foire d’Elbeuf, en face du théâtre, et qui a toujours accueilli des chapiteaux et continuera à le faire. Pour la saison 2007-2008, une quinzaine de spectacles et 70 représentations seront à l’affiche, cirque et théâtre, jouant ainsi la carte pluri-disciplinaire. Johann Le Guillerm et son “Cirque Ici” qui a joué sous chapiteau devant le théâtre en cours d’achèvement lors du festival Automne en Normandie, sera le parrain des lieux. La comédienne Annie Duperey qui jouera “Oscar et la Dame rose“ d’Eric-Emmanuel Schmitt le 29 février, en sera la marraine. Elle retrouvera une scène qu’elle raconte avoir fréquentée dans les rêves de son enfance.

Etienne Banzet (fil-fax 14/12/07)


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