Les particules fines empoisonnent l’air normand

(fil-fax 08/04/14)

Air Normand, l’organisme agréé pour la surveillance de la qualité de l’air en Haute-Normandie a relevé 31 épisodes de pollution tous polluants confondus en 2013 contre 36 en 2012. Ce résultat annuel est jugé plutôt encourageant malgré « un niveau de fond qui reste important », relève Dominique Randon, président d’Air Normand, maire (PS) de Petit-Couronne. Particulièrement visées : les particules fines qui ont défrayé la chronique ces dernières semaines avec le déclenchement d’alertes. Les valeurs limites annuelles globales en particules sont respectées sur l’ensemble des stations de mesure régionales mais ici ou là, les valeurs limites sont dépassées. C’est particulièrement le cas en proximité du trafic routier, principal pourvoyeur de ces particules, comme sur le quai de la Bourse à Rouen.

En revanche, les valeurs limites réglementaires sur le dioxyde de soufre dans l’air (SO2) ont été largement respectées que ce soit dans l’agglomération de Rouen, au Havre ou autour de la zone industrielle de Port-Jérôme. Dans l’agglomération rouennaise, « la fermeture de la raffinerie Pétroplus de Petit-Couronne a conforté la baisse des concentrations de SO2 », explique Dominique Randon. A tel point, précise-t-il, que le réseau de capteurs de SO2 a été considérablement revu à la baisse dans l’environnement proche de l’ex-raffinerie.

La valeur limite européenne est encore respectée en ce qui concerne le dioxyde d’azote (NO2) au Havre mais elle est en revanche dépassée sur Rouen là encore à proximité du trafic routier (boulevard des Belges, quai de la Bourse, quai du Havre). L’évolution des concentrations indique cependant une tendance à la baisse, veut croire Air Normand même si la valeur annuelle limite de 40 μg/m3 est régulièrement dépassée le long des grands axes de circulation comme à Barentin gare. Aucun épisode de pollution par l’ozone nécessitant une information aux personnes sensibles ne s’est produite en région durant l’année écoulée. D’une manière générale l’indice ATMO qualifie de “très bon“ à “très mauvais“ la qualité de l’air en globalisant les quantités de dioxydes de soufre et d’azote, d’ozone et de particules présentes dans l’air. Le cumul de cet indice “médiocres à mauvais“ a atteint 59 jours sur Le Havre, 67 jours à Rouen et 64 jours à Evreux.

Forte hausse des pollutions olfactives

En matière de pollution olfactive, les signalements ont atteint un nombre sans précédent en 2013. En cause l’incident Lubrizol en janvier et une plate-forme d’enfouissement des déchets ménagers dans le Pays de Caux. Le dégagement accidentel de mercaptan nauséabond chez Lubrizol a, à lui seul et sur une seule journée, généré 202 signalements. Plus chronique, 111 signalements ont émané d’habitants des communes riveraines de Brametot où est implantée une plate-forme d’enfouissement de déchets ménagers. Depuis mars 2013, un comité de suivi des odeurs a été mis en place par Valor’Caux sur ce site pour suivre l’installation d’une unité de méthanisation dont le démarrage est programmé mi-2014. Ces deux éléments mis à part, 258 autres alertes olfactives ont été relevées en 2013, une statistique proche de celles enregistrées les deux années précédentes.

L’agglomération rouennaise teste les transports urbains gratuits

(fil-fax 15/03/14)

0328. pollution rouen - copieLa persistance de la pollution aux particules sur toute la Haute-Normandie et notamment l’agglomération de Rouen, a conduit la CREA à décider la gratuité du vendredi 14 au dimanche 16 mars dans les transports publics du réseau Astuce et la ville de Rouen celle du stationnement résidentiel.

Selon le réseau de contrôle Air Normand, la qualité de l’air du vendredi 14 mars est au niveau 10 sur une échelle de 1 à 10, 10 étant l’indice “très mauvais“. L’épisode de pollution aux particules fines a débuté le 6 mars, Air Normand et l’ARS émettant un avis pour les seules personnes sensibles (personnes âgées, présentant des pathologies respiratoires ou cardio-vasculaires). Depuis le 12 mars, le seuil d’alerte qui concerne toute la population a été atteint chaque jour. Au Havre, à Rouen, Petit-Quevilly et Grand-Couronne, le seuil des 80 µg/m3 a été dépassé sans discontinuer. Vendredi après-midi, Air normand prévoyait un nouveau dépassement du seuil d’alerte pour la journée de samedi.

A la direction de la CREA, on indique que la mesure de gratuité est « exceptionnelle », et qu’une évaluation sera menée afin de vérifier l’efficacité du dispositif tant sur la fréquentation des transports en commun que sur l’évolution de la pollution atmosphérique.

Outre l’offre gratuite de transport pour tout le week-end, le préfet de Région a pris un arrêté pour la Seine-Maritime, abaissant la vitesse maximum de 20 km/h pour les portions à 130 km/h, 110 km/h et 90 km/h. Le rectorat a demandé aux chefs d’établissements « d’éviter, pour les élèves, pendant l’épisode de pollution, les activités physiques et sportives intenses (qui obligent à respirer par la bouche), en plein air ou à l’intérieur ». Au CHU de Rouen, on indiquait vendredi après-midi ne pas avoir enregistré d’incidence sur les admissions aux services des urgences et de pneumologie.

La pollution elle-même et les décisions prises par les pouvoirs publics suscitent des réactions et commentaires, notamment d’EELV. Le parti écologiste rappelle que selon l’étude européenne Aphekom, 110 décès anticipés sont à déplorer chaque année en raison de la pollution atmosphérique. « C’est dans la durée qu’il convient d’agir », ne se prive pas d’alerter le candidat aux municipales EELV, Jean-Michel Bérégovoy, alors que son camarade tête de liste à Mont-Saint-Aignan, Pascal Magoarou, suppose qu’en cette période électorale,
 « 
la population suffocante (…) saura reconnaître les candidats écologistes qui seuls, depuis des années voire des décennies, prennent ce sujet de la pollution de l’air vraiment au sérieux ».

Reprenant au bond l’offre de gratuit des transports en commun, les Jeunes communistes clament que « cette décision était une évidence » et demandent une étude de faisabilité « que la CREA a toujours refusé » assure leur coordinateur départemental Benoït Paimparé.

« Mais pourquoi ne pas appliquer la gratuité toute l’année comme le propose la liste Alternative à gauche, Place au Peuple ? » s’empresse d’ajouter sa candidate Raphaëlle Brangier.